Hommage à notre frère Mahmoud Khelili, combattant de la
dignité humaine
" Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton
Seigneur, satisfaite et agréée, entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans
Mon paradis ". (Coran).
Il y a 5 ans, disparaissait
notre frère et compagnon de lutte pour le respect de la dignité humaine, Maître
Mahmoud Khelili, terrassé par une crise cardiaque. Il représentait pour nous,
génération de l’indépendance, un symbole
de la lutte contre l’oppression et la hogra. En ce triste jeudi 06 mars 2003,
l’Algérie des Hommes Libres venait de perdre l’un de ses rares véritables
militants des Droits Humains.
Après un combat
sans merci contre les hordes coloniales, en tant que maquisard de la wilaya IV,
il s’engageait dès les premières années de la libération dans un autre combat,
tout aussi harassant, contre les dérives des imposteurs qui avaient confisqué
déjà l’indépendance (inachevée) de notre pays et les libertés de notre peuple.
Quand des
bravaches commençaient, tels des charognards à dépecer le pays et à se servir,
au nom d’une légitimité historique usurpée, lui, véritable moudjahid de la
guerre de libération nationale, décidait de continuer à servir, au nom du
devoir national.
Avocat des
opprimés et des causes justes, il brillait par son courage, sa ténacité et sa
générosité. Il défendra les prisonniers politiques de tous bords, sans
exclusive ni exclusion, jetés en prison par les tuteurs de l’Algérie qui
avaient pris le pouvoir par la force des baïonnettes et qui s’étaient proclamés
« révolutionnaires » de l’Algérie « socialiste ». Un
socialisme folklorique qui se terminera par une faillite sanglante.
Il dénoncera au
début de la courte récréation démocratique qui suivra la manipulation sanglante
d’octobre 88, les dérives d’une justice servile. Cette franchise et ce courage
lui coûteront deux années de suspension. Ce n’est pas tant cette sanction qui
l’affectera mais le silence lâche et
assourdissant de beaucoup de ses confrères.
Durant la guerre
menée contre la population par le
quarteron de putschistes et leurs affidés de la « société servile »,
il sera à la pointe du combat pour le
respect des droits humains bafoués
quotidiennement au nom de la « sauvegarde » de l’Algérie…..des
privilèges.
Il sera parmi
les tous premiers avocats à dénoncer l’instauration des tribunaux d’exception
calqués honteusement par les « juristes » de service et des
« services » sur les « sections
spéciales » de Vichy. Tout comme il sera le premier à appeler au boycott de ces juridictions de
la honte.
En ces temps
d’indignation sélective, il faisait partie de cette poignée de militants qui
dénoncera haut et fort tous les actes de barbarie commis depuis le Coup d’Etat
de 92, qu’il s’agisse de la torture institutionnalisée, des exécutions sommaires
massives, des massacres de populations, des tueries des bagnes de Berrouaghia
et de Serkadji, des viols collectifs ou de la politique planifiée des
disparitions forcées.
Par sa ténacité
et son magnifique courage, il démolira l’hideux mur de désinformation et de mystification, bâti par le pouvoir, ses
commandos médiatiques et ses mercenaires de la plume. Il dévoilera à l’opinion
publique internationale, le véritable visage de cette « seconde guerre d’Algérie »
et son lot quotidien d’horreurs commis à la fois par le régime criminel et les
groupes armés se réclamant faussement de l’Islam. Tous les dossiers et les cas en sa possession
étaient publiés et remis à toutes les ONG internationales sans sélectivité aucune.
C’est en grande partie grâce à ses dossiers que j’ai pu confectionner avec mon
amie Salima Mellah d’Algeria-Watch en janvier 2002, les listes de milliers de
cas de disparitions et d’exécutions sommaires.
Il fut avec une
poignée de militants, à l’origine de la création de la première organisation
des familles de disparus. Tout comme il fut le premier à mettre en garde ces
mêmes familles du risque de récupération
de la cause de leurs enfants à des fins inavouées par certaines officines
étrangères. Chose qui ne tardera pas à arriver et qui provoquera la
stérilisation puis l’implosion de cette
association, à la grande joie des planificateurs de ce crime contre l’Humanité.
Ni les
intimidations de la police politique (menaces de mort, arrestation de ses
enfants sur la base de dossiers préfabriqués….), ni les insultes et autres
diffamations de certains « journalistes » en service commandé ne
viendront à bout de son inlassable combat.
Malgré un état
de santé très précaire et qui s’était dangereusement dégradé, il poursuivra sa
quête de vérité et son soutien aux
familles des victimes de cette guerre cachée. Et il mourra comme il a toujours
vécu : DEBOUT.
Son admirable et
magnifique parcours de combattant libre et digne des droits de l’Homme restera
gravé dans les tablettes de l’Histoire de l’Algérie. Il fait honneur à sa noble
profession (oh combien souillée en ces temps d’imposture !) et aux Hommes Libres qui se sont sacrifiés
pour une Algérie de Dignité et de Liberté.
Il a tracé
la voie de l’Honneur, de la Dignité et du Devoir aux nouvelles générations.
Humble, il
restera dans le cœur de tous les Humbles d’Algérie.
Son noble
combat, qui est également celui des Algériennes et des Algériens dignes, sera
poursuivi, comme promis, jusqu’à la libération de l’Algérie meurtrie des
griffes de cette voyoucratie criminelle.
Je demande, à toutes
celles et à tous ceux qui ont connu ce combattant de la Dignité Humaine,
d’avoir, en ce 5e anniversaire de sa disparition, une pieuse pensée
à sa mémoire.
« A Dieu
nous appartenons et à Lui nous retournerons ».
Alger le 06 mars 2008
Salah-Eddine SIDHOUM